La face nord des Grandes Jorasses et autres escapades à Chamonix

Droites

Suite à ma victoire sur le Cerro Torre, ma motivation est immense et ne faiblit plus. Je devais donc profiter de la courte distance séparant Lausanne de Chamonix pour me frotter à quelques-unes de ses voies exceptionnelles.

Mais lors de ma première visite, le vent est si violent qu’aucun train ne circule. Du coup, changement de programme : au lieu de l’escalade, nous chaussons les skis. Le vent ne souffle pas qu’en Patagonie !

À ma deuxième visite, nous pouvons gravir le Supercouloir, un grand classique du Mont Blanc du Tacul. Malheureusement, le temps, trop incertain et instable, ne permet pas de grandes et longues ascensions.

Après Pâques, le temps se met enfin au beau et nous pouvons alors envisager des excursions plus longues. Avec ma copine Charlie de la Section Expédition du DAV, j’escalade la face nord des Droites par la Ginat, un autre classique que nous voulions toutes deux faire depuis longtemps déjà.

Ginat_Caro

Au milieu de la paroi, une pointe avant de l’un de mes crampons se détache et me force à faire preuve de créativité en utilisant mon crochet abalakov en guise de réparation. Nous ne voulons certainement pas faire demi-tour : les conditions sont extra, nous avons été rapides jusque là et on s’éclate vraiment. Nous perdons du temps, mais je parviens à rendre mon crampon de nouveau opérationnel et nous poursuivons ainsi notre longue ascension.

La descente par la face sud est épuisante : nous nous enfonçons parfois dans la neige jusqu’aux hanches, ce qui rend notre progression très difficile. Nous décidons donc de faire une halte au refuge du Couvercle et de redescendre vers Chamonix le lendemain matin, sur le sol gelé.

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Une semaine plus tard, les prévisions météo sont de nouveau idéales, et ce pour plusieurs jours. Ma motivation est désormais entièrement tournée vers la face nord des Grandes Jorasses, l’une des trois grandes faces nord légendaires avec le mont Cervin et l’Eiger. Je passe toute une journée à chercher un compagnon d’escalade… en vain. Ma frustration est grande et je passe cette première journée de beau temps à l’Université. Dans l’après-midi, je reçois un SMS libérateur : le copain d’un copain cherche encore un compagnon pour les Jorasses. Nous nous mettons vite d’accord et nous retrouvons le lendemain matin à la gare du Montenvers. Je n’ai jamais rencontré Thomas, mais cela ne pose aucun problème, car la motivation est grande et facilite les liens. Nous nous comprenons d’emblée.

 Zustieg Jorasses

Nous montons à ski à proximité du pied de la paroi, où nous montons notre tente. Nos sacs à dos sont extrêmement lourds, ce qui me rappelle la Patagonie. Nous planifions l’ascension et profitons ensuite des derniers rayons de soleil avant de nous accorder quelques heures de sommeil. En pleine nuit, c’est reparti : nous décollons, équipés de nos lampes frontales, et attaquons la Colton MacIntyre. Notre premier défi  : deux rimayes abruptes, constituées de neige fragile. Ensuite, le terrain est léger et nous avançons rapidement jusqu’à la première goulotte, où nous assurons pour la première fois des longueurs de corde.

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Puis nous repartons sur un autre champ de glace au pied de la longueur stratégique. C’est à mon tour de grimper en tête, et je me réjouis de ce nouveau challenge. Mais cela s’avère plus impressionnant que je ne le pensais : la glace est fine, impossible de m’assurer et en plus, il faut bizarrement sortir à gauche sur une zone escarpée presque en aplomb. Prudemment, je progresse mètre après mètre, toujours en veillant purement et simplement à ne pas tomber, sous peine de conséquences fatales. Mes bras enflent et, arrivée sur du plat après 15-20 m, je suis contente de pouvoir enfin fixer une nouvelle vis. Cette longueur est complètement dingue ! La longueur suivante est également très exigeante techniquement, mais Thomas la franchit avec brio.

Après un autre champ de glace, nous arrivons aux longueurs de mixte du sommet, qui sont très sèches et donc extrêmement difficiles. Notre progression ralentit et le temps semble filer devant nous. Nous avançons sûrement, longueur après longueur. L’ascension paraît interminable et nous sommes fatigués, mais nous devons encore faire montre de toute notre maîtrise technique pour vaincre les difficultés. Dans ce cas, rien de tel que du chocolat pour booster l’énergie. Pour moi, les alfajores et le mantecol argentins sont la clé du succès.

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Comme toujours, l’ascension ne représente qu’une partie du jeu et nous devons aussi redescendre la paroi de 1 200 m en toute sécurité. Par chance, il y a déjà de nombreux abalakovs, de sorte que nous ne devons en poser que très peu. Nous sommes exténués et notre concentration se relâche, mais nous sommes brusquement sortis de notre torpeur au beau milieu de la paroi. Un abalakov s’est détaché et nous ne sommes soudain plus accrochés qu’à une seule broche à glace que nous avions vissée pour contre-assurer la descente. Encore une fois, on l’a échappé belle, mais nous prenons conscience que nous devons à nouveau rassembler toute notre énergie afin d’éviter la moindre erreur.

Il commence à faire sombre et nous descendons la dernière partie à la lampe frontale. Je prends mon courage à deux mains à l’approche de la rimaye, car il faut faire un grand saut pour la franchir. J’éprouve en outre un peu de crainte depuis la semaine dernière, car une rimaye avait cédé sous Charlie lors de la descente.

Une autre surprise nous attend au pied de la paroi : une avalanche a enseveli nos bâtons et, malgré nos fouilles, je ne trouve plus le mien.

Après 24 h, nous retrouvons notre tente et savourons une boisson et un repas chauds. C’est la fin d’une journée longue et relativement éprouvante, mais quelle journée géniale !

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