Expédition au Nilkantha 2015

Taj Mahal jump

“Adschalaga” est devenu LE mot de notre expédition en Inde, signifiant « super bien » en Hindi, même que cela ne décrit pas forcement notre séjour.

Mais prenons depuis le début:

Début septembre je me trouve à l’aéroport de Francfort avec une énorme quantité de bagages et un grand sourire car devant moi s’annoncent deux mois en Inde.

Flughafen Ffm

Après avoir payé toutes les taxes d’excès de bagage je m’envole pour Delhi, où j’arrive assez vite, presque trop vite pour se retrouver dans une culture aussi différente. Il y a deux ans j’étais déjà venue ici avec l’équipe féminine d’expédition du club alpin allemand et j’avais ressenti un choc culturel les premiers jours. Mais cette fois je m’acclimate immédiatement et je plonge dans cette vie pleine de sensations.

Mes compagnons de cordé n’arrivent que dans dix jours ce qui me laisse du temps pour découvrir un peu ce pays. La dernière fois je n’ai pas eu le temps pour cela et ça m’a manqué. Pour moi une partie de mes expéditions dans différents pays est de connaître une autre culture, d’entrer en contact et d’apprendre des locaux, de découvrir le pays et ses caractéristiques et d’apprendre au moins un peu de sa langue. Ceci est, à mon avis, une forme de respect envers la population et c’est très important! Cet échange ensemble avec les aventures de grimpe crée une expérience complète. Je ne veux pas voyager si loin et uniquement voir du rocher et de la glace, même si c’est souvent le but principal du voyage.

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Maintenant je me lance toute seule à la découverte du Rajasthan, état  voisin de Delhi. Je voyage en voiture, bus, train de nuit et la journée, je visite pleins de temples et forteresses, le Taj Mahal,  je rencontre des gens super sympa, je goûte la cuisine indienne et je pratique le yoga. Je suis contente de découvrir une petite partie de ce pays plein de couleurs, d’odeurs, de religions et de cultures différentes. Mais aussi la pauvreté est omniprésente sur ce subcontinent.

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Après dix jours je retrouve Anne-Gilbert Chase et Jason Thompson à Delhi, où nous recevons l’introduction de l’IMF (Indian Mountain Foundation) qui s’occupe des permis d’expédition. Ensuite nous entamons notre route en direction de l’Himalaya ensemble avec notre cuisiner Depender, son assistant Goga et notre officier de liaison. Tout bien organisé par notre agence locale, Ibex expéditions, nous arrivons à Rishikesh et puis, une journée plus tard, à Joshimat. Nous avons voyagés des heures bien que la distance ne soit pas si grande mais les routes indiennes sont bondées et souvent dans un état qu’on pourrait qualifier d’aventureux !

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Après les derniers préparatifs nous partons avec 30 porteurs en direction du camp de base. Trois jours de marche nous amènent sur une moraine au pied du Nilkantha qui va héberger notre camp de base pour les prochaines semaines.

Même que nous sommes monté tranquillement, par étapes, je me sens mal le premier après-midi au camp de base: je ressens l’altitude avec de fortes douleurs à la tête et des nausées. A ce moment je me demande pourquoi je fais cela et pourquoi je ne suis pas partie grimper à Yosemite au soleil! Heureusement je commence vite à me sentir mieux et je profite de notre vie en expé.

Nilkanta

Notre but est l’ouverture de la longue arrête ouest qui mène au sommet du Nilkantha (6592m).  Nous commençons donc à chercher l’approche et à nous acclimater. Une fois le début de l’arrête trouvée, nous amenons de grandes charges là-haut et établissons notre camp base avancé. Quelques fois nous dormons en haut et redescendons au camp base où notre cuisiner nous surprend toujours avec de délicieux plats indiens ou népalais, les légumes ne semblent jamais se terminer. “Adschalaga”, notre nouveaux mot, est utilisé souvent.

Pendant cette période d’acclimatation je me sens encore une fois très mal bien que nous soyons redescendu au camp base après un portage. Deux heures plus tard je commence à avoir très mal à la tête, j’ai envie de vomir et je perds presque connaissance. Heureusement Depender s’occupe bien de moi et avec l’inhalation d’herbes j’arrive au moins à manger un peu et puis à m’endormir.

Cette expérience réveille ma peur que je ne puisse pas supporter l’altitude et  que je ne puisse pas grimper avec les autres lorsque nous irons plus haut. Depuis que j’ai eu un début d’oedème cérébral à l’Aconcagua en 2008, je n’ai plus osé retourner en altitude. Depuis 2008 j’ai fais toutes mes expéditions à des altitudes plus basses.  Cette fois-ci je me suis dit qu’il faut quand même ressayer et le Nilkantha est une montagne tellement belle que j’ai rejoins mes deux amis américains pour cette expédition.

Schleppen...

Après dix jours d’une météo assez instable et des précipitations quotidiennes (une fois même de la neige ce qui nous a fait craindre que ce soit déjà la fin de notre expé sans avoir vraiment commencé), le beau temps s’installe et nous prenons notre chemin en direction du camp base avancé.  Maintenant nous avons tout notre matériel ainsi que de la nourriture à 4800m d’altitude.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Le lendemain matin nous mettons finalement nos baudriers et les crampons. Nous avons tellement attendu ce moment ! Après des jours de marche, la motivation de commencer à grimper est énorme! Ce premier jour nous sert à connaître le terrain. Ensuite nous commençons notre mission dans un style alpin pour gravir cette énorme arrête.

Nous franchissons un couloir d’éboulis, de la neige et de la glace puis un dièdre, pour atteindre l’arrête. Pour la première fois nous voyons de l’autre coté et l’entier de l’arrête avec ses multiples gendarmes et l’énorme dalle finale, assez impressionnante.  Nous continuons notre chemin sur l’arrête, le terrain est varié entre neige et rocher. Nous avançons assez vite jusqu’au premier grand gendarme. Devant nous se trouvent maintenant les premiers centaines de mètres verticaux, mais nous ne trouvons pas de terrain mixte neige et glace comme les expéditions précédentes l’ont décrit.  Il n’y a pas du tout de neige, ni de glace, juste un énorme tas de cailloux non consolidés. Déjà sans grimper dessus les pierres tombent autour de nous.  Nous sommes tous d’accord que c’est trop dangereux de grimper là dedans plusieurs jours et ensuite encore de tirer des rappels. En plus des centaines et des centaines de mètres dans du caillou pourri comme celui-ci ne nous motive pas. Alors nous faisons demi-tour et retour au camp de base avancé sans fixer de cordes pour le lendemain.

De retour la grande question se pose : “Qu’est-ce qu’on fait maintenant?”. Notre but principal vient de se montrer impossible à cause des conditions, qui sont cette année, beaucoup plus sèches et chaudes que d’habitude, en Himalaya comme dans les Alpes.

De ce côté de la montagne il n’y a pas d’autres options possibles et nous décidons donc de redescendre tout notre matériel et notre nourriture au camp de base. Ceci signifie des sacs à dos chargés à mort pour éviter de devoir faire le trajet trop souvent. Heureusement que nous avons nos bâtons qui aident à garder l’équilibre avec ces énormes charges, mais le terrain est rude et le sac me tire plusieurs fois en arrière et me fait tomber. Se relever est tellement dure, presque impossible. Nous n’avançons que très lentement et c’est la musique, un écouteur dans chaque oreille, qui nous sauve.

Une fois de retour au camp de base l’atmosphère est tendue et les seules occasions pour utiliser notre “Adschallaga” sont pendant les repas toujours aussi bons de Depender et Goga.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

La météo est toujours bonne, il faut donc faire un nouveau plan. Nous décidons de partir pour l’arrête ouest. Elle a déjà été grimpée, mais nous avons besoin d’un succès maintenant.

Le premier crux est déjà l’approche. Pour atteindre le glacier au pied de cette arrête il faut traverser un couloir où les séracs chutent assez régulièrement. Cela fait de petites avalanches que nous pouvons observer depuis notre camp de base.  Nous décidons de nous approcher pour examiner le chemin le plus sûr. Une fois proche de la zone nous remarquons trois grandes masses de neige et de glace qui tombent et créent des nuages énormes qui amènent de la poudreuse et des cailloux jusqu’à nous, bien que nous soyons encore assez loin. Cela libère une grande peur en moi et c’est clair que je ne peux pas passer ce couloir maintenant. Je me sens vraiment mal. C’est quelque chose que je ne connais pas. En montagne je n’ai presque jamais senti une peur aussi profonde à l’intérieur de moi ! Souvent je ressens un grand respect et je dois prendre tout mon courage à deux mains pour franchir certains passages. Cela fait partie de nos aventures mais cette énorme peur je ne connais pas et ce n’est pas agréable. Nous descendons donc au camp base pour y passer une autre nuit. Le lendemain je ne me sens toujours pas très bien mais nous reprenons l’approche très tôt et franchissons la zone de danger sans aucun problème juste quand il commence à faire jour. Quand finalement nous arrivons sur le glacier je retrouve ma bonne humeur ; nous sommes tous contents d’être à nouveau en chemin pour grimper.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Nous voulons franchir l’arrête ouest en style alpin en 2-3jours. Avant de commencer nous installons notre tente pour une nuit au pied de l’arrête. L’après-midi nous semble assez longue, la seule chose à faire étant de fondre de la neige et de boire assez.

Le lendemain c’est parti, nous commençons à grimper! Les premières longueurs de l’arrête ne sont pas faciles et malgré le froid j’enlève plusieurs fois mes gants pour tenir des petites réglettes pour ne pas tomber lorsque je cherche mon chemin en tête.  Il y a des parties où le rocher est très cassant et je dois bouger très consciemment pour ne pas faire tomber de cailloux sur mes collègues. Je me sens un peu comme ‘danser sur des œufs’ avec mes crampons.

Mais après deux longueurs la bonne surprise : un bon granite, jaune, super solide avec des fissures et le tout en plein soleil. De la grimpe plaisir, malgré des sacs à dos assez lourds.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Ensuite nous devons franchir un couloir en mixte pour atteindre une partie raide. Des fissures découpent ce mur vertical. Dans des conditions normales ce n’est pas un grand obstacle mais avec ce gros sac et à cette altitude ça me fait quand même hésiter. Finalement je grimpe sans le sac et ça passe bien. C’est même plus fatigant de tirer le sac en haut et d’assurer les deux autres qui doivent me suivre avec ces sacs si lourds.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Ensuite nous attaquons une grande pente de neige. Il est temps de trouver un endroit pour notre tente mais  après chaque longueur nous cherchons un endroit plat et sommes à chaque fois déçus de ne rien trouver. Nous continuons et continuons jusqu’à finalement trouver une petite plateforme qui n’est pas plate du tout. Il nous faut encore une heure de travail de bouger les pierres pour créer un espace assez nivelé pour pouvoir mettre notre tente. Nous ne succédons pas à niveler le terrain complètement et nous devons placer nos corps autour des cailloux qui dépassent.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

De toute façon la nuit est courte. Nous continuons à grimper le lendemain dans l’obscurité, d’abord sur des pentes de neige et de glace et après en mixte. Nous grimpons beaucoup de longueurs mais nos sacs sont légers car nous avons laissé notre matériel de bivouac. Nous commençons à sentir l’altitude qui nous fait bouger plus lentement que d’habitude mais nous nous sentons tout de même tous bien. Nous avançons à un bon rythme et laissons les difficultés de mixtes derrière nous en atteignant l’arrête sommitale où nous trouvons de la glace vive ce qui nous force à tirer des longueurs. Nous sommes proches du sommet. A notre gauche il y a un grand mur de nuages noirs qui menace. Pour le moment il est assez loin et ne semble pas s’approcher alors nous continuons à nous rapprocher du sommet. Tout à coup le temps tourne et le mur menaçant est à coté de nous. Il ne nous reste pas beaucoup de temps avant de nous retrouver dans une tempête de neige et cela à 200m de dénivelé du sommet. Ce n’est pas tout, il commence à y avoir de l’électricité dans l’air que nous ressentons tous dans nos corps. C’est très désagréable et il nous faut descendre au plus vite de cette arrête où nous sommes tellement exposés. A 17h nous commençons donc la descente. Il fait bientôt nuit et nous continuons avec nos lampes frontales.  C’est long car nous devons équiper chaque rappel et il ne nous reste presque plus de matériel des expéditions précédentes. 12h plus tard, avec le levé du soleil, nous atteignons notre tente au milieu de l’arrête. Nous sommes en route depuis plus de 24h.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Après 2 heures de sommeil nous continuons notre descente qui dure encore toute la journée jusqu’à arriver au glacier. Plusieurs fois la corde se coince et des cailloux tombent; le casque de Jason n’est pour finir plus utilisable. Nous nous retrouvons tous en sécurité sur le glacier quand le soleil se couche.

Nous passons une dernière nuit à trois, serrés dans notre petite tente first light. Maintenant je comprends que j’ai poussé mon corps à ses limites. Je tremble toute la nuit mais j’ai en même temps tellement chaud que j’enlève mes vêtements. C’est un état fiévreux, je suis bien déshydratée et vraiment contente quand le réveil sonne.

Nous faisons les sacs une dernière fois, passons le couloir dangereux et sommes de retour au camp de base pour le petit-déjeuner, fatigués mais tout de même contents. En plus nous avons vu une autre ligne dans la face ouest que nous voulons attaquer après quelques jours de repos.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Il reneige et toute la montagne est recouverte d’un voile blanc. D’un coup il y a un danger d’avalanches qui n’existait pas auparavant. En ce moment c’est impossible de grimper mais nous ne perdons pas encore espoir, ils nous restent encore six jours, tous est encore possible. Nous attendons les nouvelles prévisions météo pour décider quand est-ce que nous réattaquons.

Mais il continue à neiger et les prévisions ne nous donnent pas un créneau assez long pour pouvoir ouvrir une nouvelle voie sur cette énorme montagne … c’est la fin de l’expédition.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Nous sommes tristes de redescendre sans succès, c’est-à-dire sans avoir été au sommet. C’est frustrant après avoir investi tellement de temps, d’énergie et d’argent dans notre projet mais cela fait aussi partie des expéditions dans des endroits lointains. En fait,  le plus important est de revenir en bonne santé. Cet objectif ultime nous attend toujours et nous le complétons quand nous arrivons tous, après 4 semaines, de retour dans la vallée au début de la route, le signe de civilisation.

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

Je suis plus fatiguée que je ne l’aurais pensé et j’ai trop envie de rentrer. En plus tous les gens qui me parlent dans la rue pour me vendre quelque chose, pour me proposer de m’amener quelque part où juste pour savoir d’où je viens commencent à m’énerver. De retour à Delhi je tombe directement malade, mon corps n’arrive pas à gérer tout le smog et la pollution de cette énorme ville après avoir vécu un mois dans la nature loin de toute civilisation.

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Comme j’ai déjà planifié encore 10 jours de voyage à Hampi, un site de bloc connu en Inde, je prends l’avion en direction de Goa et puis un bus de nuit pour arriver à Hampi. Complètement épuisée j’arrive là-bas avec mon Crashpad et mes chaussons.

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Mais vite je commence à reprendre des forces. Hampi est un petit paradis sur terre et les blocs, entre palmiers et singes, sont juste géniaux! Contre toute attente j’arrive à grimper fort et à sortir des blocs durs, peut-être que tous les globules rouges dans mon sang aident!? Je fais plein de jolies rencontres et je suis même triste de quitter cet endroit. Le temps passé ici m’a redonné mon énergie et je pars avec un sentiment positif de l’Inde!

Merci à Mammut, le Mugs Stump Award et le Lyman Spitzer Grant du club alpin américain qui ont rendu cet expédition possible et aussi à Oskri, Petzl, Julbo et Katadyn pour leur soutiens.

Les photos géniales de l’expédition on était prises par Jason Thompson: http://www.jthompsonphotography.com

Caro North, Anne Gilbert Chase and Jason Thompson, Mt Nilkantha Expedition, Garhwal Himalaya, India

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